Ce qui doit être présent avant tout à la conscience de ceux qui discernent, ce sont, dans toute leur amplitude, les promesses de salut faites par Dieu, le sens de leur condition pécheresse et du pardon accordé par le Père, le sentiment d’être mus par la force irrésistible de la vérité plutôt que par des préjugés. Se sentir personnellement libres donne une force redoutable, fulgurante. Etre prêts à prendre des initiatives et des responsabilités relègue à la périphérie toute préoccupation futile. L’attirance de la vérité, spécialement lorsqu’elle est vue à travers les verres grossissants de l’Incarnation, supprime toute indécision, toute passivité.
Il s’agit de croire en notre ‘’nom de grâce’’, c’est-à-dire en cette manière unique dont Dieu m’appelle individuellement, et nous appelle comme corps. Le discernement repose sur la conviction théologique que Dieu entretient une relation personnelle et individuelle avec chacun de nous. Au long des années, tandis que cette relation est nourrie et se développe, nous prenons conscience des tendances et des aspects uniques qui la caractérisent. C’est cela que l’on entend par notre ‘’ Nom de Grâce ’’.
Notre nom de grâce caractérise notre identité. Il a deux facettes que le discernement doit activer : un prénom et un nom de famille - notre nom de grâce personnel et celui du groupe auquel nous appartenons. Tout se passe comme dans une famille. On voit bien que Robert, Marie, Pierre et Lisette sont différents l’un de l’autre, mais il est clair qu’ils appartiennent tous à la famille Dupuis.
Parmi les saints il y a une grande variété de ‘’prénoms’’ de grâce. Le Poverello pour Saint François d’Assise, La Petite Voie de Saint Thérèse de Lisieux ou le Docteur Angélique pour Saint Thomas d’Aquin.
Après Vatican II on a beaucoup parlé de redécouvrir la grâce originelle - le charisme - du fondateur. On a encouragé les groupes à reconsidérer leur grâce propre, les caractéristiques singulières de leur vocation et de leurs activités apostoliques. Chaque groupe, que ce soit une famille, un diocèse, une communauté religieuse ou un mouvement paroissial, a son charisme propre, son nom unique, sa grâce. Cette identité commune a la propriété de faire converger dans la même direction les énergies de ce groupe particulier.
Notre nom de famille, ce nom de grâce que nous partageons avec d’autres en tant que membres d’une communauté particulière, revêt une importance spéciale au moment du discernement. Il est nécessaire que les décisions qui nous impliquent comme groupe découlent de notre relation spécifique - comme groupe - avec Dieu. La conscience de notre nom de grâce - prénom et nom de famille - s’approfondit à l’heure des décisions. Tous le ressentent bien, et cela durant tout le déroulement du processus de discernement.
Il faut bien noter que nous avons parlé d’une ‘’atmosphère explicite de foi’’. Le discernement communautaire n’est pas une nouvelle méthode destinée à mieux gérer une entreprise commerciale. Il ne s’agit pas de ‘’direction par les objectifs’’ en vue d’un meilleur rendement. Discerner requiert qu’on se pose la question suivante : ‘’Où Dieu nous mène-t-il, moi et mon groupe, dans cette situation concrète ?’’. Dans le discernement nous ne choisissons pas entre le bien et le mal, mais nous faisons un choix parmi des choses qui sont bonnes. Nous ne nous demandons pas combien d’argent nous pouvons mettre de côté, quel profit nous pouvons accumuler, où nous pouvons faire des sacrifices maintenant pour arriver en tête du peloton plus tard. Nous nous demandons tout simplement : « Où est l’invitation de la grâce ? Dans quelle option trouverons-nous Dieu ? ».
Le mot ‘’explicite’’ est important. Il a pu exister des époques où il n’était peut-être pas aussi nécessaire qu’aujourd’hui d’expliciter notre foi. ‘’Dans le bon vieux temps’’, lorsque les communautés étaient plus fermées et le tissus paroissial plus serré, les convictions de foi allaient sans doute plus de soi. On partageait tous, d’une façon assez uniforme - mais peut être pas assez critique -, des images communes de la foi. Maintenant, nous sommes devenus familiers de toute une gamme de systèmes philosophiques, psychologiques et théologiques. Etant donné la multiplicité d’images que ces systèmes engendrent , il est beaucoup plus difficile de se faire des représentations communes de la foi. Si je n’explicite pas les valeurs que ma foi m’inspire, et les images qui les traduisent, la plupart vont ignorer tout de mes combats intérieurs. Et jamais nous ne parviendrons à goûter les bienfaits d’une vision de foi commune. Voilà pourquoi chaque groupe doit formuler pour lui-même ses propres convictions. Il doit distinguer ce qui est pour lui un absolu lié à sa foi et ce qui est relatif à une culture donnée. Ceci exige une méthodologie spécifique de prière et de partage au niveau de la foi durant le temps formel du discernement.