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Accueil du site - Pour en savoir plus - 7 éléments du discernement communautaire - 5. Formuler la question et distinguer les raisons pour et contre.

Une fois l’information recueillie et étudiée, il faut formuler, de façon simple, le sujet à débattre. Il vaut mieux ne pas essayer de s’attaquer à une question complexe par tous les côtés à la fois. Ici la simplicité prime. En règle générale on utilisera une phrase affirmative qui formule le problème à traiter de façon opposée au statu quo. Par exemple, si à l’heure actuelle nous cherchons à concentrer notre personnel dans quelques hôpitaux (ce qui est notre statu quo), notre problème pourrait s’énoncer ainsi :

‘’Nous pourrions avoir une efficacité apostolique plus grande en envoyant notre personnel dans le plus grand nombre de services hospitaliers possible.’’

Autre exemple. Supposons que notre pratique actuelle soit d’élire un nouveau président du conseil d’administration tous les deux ans (statu quo), notre énoncé pourrait être :

’Notre établissement jouira d’une plus grande continuité si nous élisons un nouveau président du conseil tous les quatre ans’’.

La pratique d’écrire une proposition opposée au statu quo est née de l’expérience. Partir d’une perspective nouvelle permet aux groupes de mieux examiner leur situation.

Une des grosses tentations que l’on rencontre en formulant une phrase simple est de vouloir y inclure trop de problèmes à la fois. Par exemple :

‘’Cinq conseillers généraux, vont former équipe - chacun avec une autorité égale - pour les questions de spiritualité, d’apostolat, de gestion matérielle, de formation et de vie communautaire’’ .

C’est vraiment trop complexe. Cette proposition contient de multiples sous-questions :

1. Combien faut-il de conseillers ?

2. Faut-il que le gouvernement soit assuré par une équipe ?

3. Tous les membres de l’équipe doivent-ils avoir une autorité égale ?

4. Où la responsabilité dernière réside-t-elle ?

5. Quels sont les domaines de responsabilité à envisager ?

Dans ce cas-ci il vaudrait mieux aborder une seule de ces questions à la fois.

Apprendre à ‘’vivre avec’’ le discernement communautaire, c’est, en partie, apprendre à vivre selon une méthode. Il faut du temps et de la patience pour que le groupe fasse ce qu’il a réellement décidé de faire et pour qu’il se satisfasse des vérités parfois bien minimes, mais éclairantes, qui se dégagent de ce labeur. Dans le processus de discernement, il faut travailler à partir de ce qui est clair et se mouvoir, comme groupe, d’un point à un autre sans avoir une longueur d’avance sur les grâces effectivement présentes. Si un groupe traite un ou deux points majeurs de son ordre du jour à l’aide d’un discernement communautaire, il sera étonné de voir à quelle vitesse il peut expédier les points restants.

Une fois le problème formulé de façon simple, il est essentiel qu’un partage bien structuré suive concernant le pour et le contre.

Séparer clairement les raisons pour et contre s’impose pour que chacun en particulier, et tous ensemble, examinent honnêtement les deux faces d’un problème, de façon distincte, l’une après l’autre. Ceci empêche le discernement de tourner à la discussion ou au débat. Les timides ont alors la possibilité de s’exprimer, tandis que les bavards sont obligés d’être concis. Les différents aspects d’une question sont explorés et formulés. Lorsque chacun sait qu’il aura l’occasion de formuler ses motifs pour et contre, il y a moins de chances que quelqu’un se sente isolé ou exclu. Les défenses du groupe sont réduites à leur minimum.

Il est clair qu’on n’entre pas en discernement en étant convaincu de connaître d’avance la solution et en faisant pression sur les autres pour obtenir leur adhésion. Au contraire, dans le discernement communautaire, les membres du groupe se considèrent comme des partenaires qui cherchent ensemble où la grâce les mène. Si quelqu’un était convaincu d’avoir la solution avant le discernement, il serait fou pour lui d’entrer dans le processus : ce serait pour lui une forme de jeu, un simulacre.

Comment s’y prendre dans le concret ? Après un temps de prière, on demande à chacun dans le groupe, de formuler les raisons qu’il voit contre la proposition, et seulement les raisons contre. A ce stade-ci, la personne ne dit pas qu’elle est personnellement contre la proposition, mais seulement qu’elle voit de bonnes raisons contre. Il s’agit de raisons réelles, selon lui. Personne ne parle pour quelqu’un d’autre ni ne ‘’fabrique’’ des raisons pour le simple plaisir !

Chacun parle à tour de rôle et ne donne qu’un raison contre à la fois, jusqu’à ce qu’elles aient été toutes exprimées. Cela peut prendre plusieurs tours de table. Le groupe écoute sans intervenir, sinon pour demander un éclaircissement. Il peut être bon pour tous d’écrire les différentes raisons formulées de sorte que tous disposent d’une liste précise lorsqu’il faudra plus tard nommer où il y a consensus.

On invite alors le groupe à commencer un second temps de prière concernant les raisons pour la proposition. A la fin de ce temps de prière, le groupe se réunit à nouveau et on demande à chacun d’exprimer toutes les raisons pour et seulement celle-ci. La procédure est alors exactement la même que précédemment. Chacun à tour de rôle donne une seule raison et établit par écrit la liste de ces raisons.

Par souci d’honnêteté, il est bon de réserver un temps égal aux ‘’contre’’ et aux ‘’pour’’, même si cela signifie rester assis ensemble en silence. Ce temps peut être utilisé pour prendre en considération ce que le partage nous a appris.

Au cours de ces deux premières séances, la discipline exigée est stricte : on se contente d’exposer les raisons que l’on voit. Bien sûr il est permis de poser une question à propos d’un mot ou d’une phrase mal entendus ou peu clairs. Mais on exclut toute discussion et tout développement des arguments. Il est présupposé que les discussions et les interpellations ont déjà eu lieu précédemment, avant cette phase formelle du discernement. A ce stade-ci, l’accent est mis sur l’écoute et sur le tri des faits et des sentiments sans entamer un nouvel échange à leur sujet.

On nous demande parfois pourquoi examiner d’abord les arguments contre. Il y a deux raisons à cela :

1) Historiquement, c’est ce qu’ont fait Ignace et ses amis.

2) Psychologiquement il est difficile de refouler longtemps les raisons contre. Tant qu’elles ne sont pas dites tout haut, elles colorent nos opinions, qu’on le veuille ou non.

Lors d’un discernement communautaire avec 250 personnes, le grand groupe fut divisé en 25 petits groupes. Le même problème fut soumis, pour discernement, à tous les groupes. a moitié de ceux-ci exposèrent d’abord les raisons pour, l’autre moitié commença par les raisons contre. Tous les groupes arrivèrent en fait à la même conclusion. Mais ceux qui commencèrent par les raisons pour ont ressenti un certain stress à ne pas pouvoir lâcher plus tôt leurs raisons contre.

Une fois que le groupe a soigneusement considéré le pour et le contre, a lieu un troisième temps de prière personnelle. Durant celui-ci chacun examine s’il aurait de nouveaux arguments pour ou contre à ajouter. Chacun pèse alors minutieusement tous les arguments pour et contre, en les confrontant à ce que nous avons appelé le ‘’nom de grâce’’, le sien et celui du groupe. Il formule sa décision, qui à ce stade-ci n’est pas définitive. Lors d’une troisième séance, tous se retrouvent pour énoncer leur décision et essayer de dégager où se situe le consensus. C’est la sixième étape.

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