En résumé, avant d’entreprendre un discernement, un groupe doit avoir trois attitudes habituelles :
1) la foi :
la conscience que Dieu agit dans ma vie, dans nos vies ;
la conscience de mon nom de grâce (prénom et nom de famille) ;
la conscience du nom de grâce du groupe.
2) la prière :
une sensibilité permanente aux mouvements de consolation et de désolation ;
la conscience de notre condition pécheresse : la mienne et de celle du groupe ;
la volonté d’affronter honnêtement les cas où on ‘’raccroche’’ pour avoir la paix ;
une sensibilité pratique à trouver Dieu là où il appelle.
3) liberté :
une volonté suffisante de répondre pour aller là où Dieu nous fait signe ;
un état d’indifférence par rapport aux options bonnes qui se présentent à nous ;
un désir de bouger à tous les niveaux de notre être : conscient et inconscient, corps, coeur, esprit et volonté.
Lorsque ces attitudes sont bien assurées, on passe à l’aspect plus formel du discernement proprement dit :
4) information : diffusée, assimilée ;
5) formulation de la question et séparation des raisons pour et contre ;
6) essai de consensus .
Finalement, en passant à la décision et à son application, nous exerçons une vigilance sur nous-mêmes, durant les semaines, les mois, l’année à venir.
7) confirmation : conformité avec l’objet du choix devenu évidence intérieure grâce à la paix et à la joie reçues de l’Esprit Saint. Evidence extérieure perçue à travers l’épreuve du temps et la conformité avec l’autorité légitime.
Ces sept éléments constituent le processus intégral du discernement communautaire. C’est une manière spécifiquement chrétienne de chercher à se laisser guider par Dieu tant dans notre vie que dans notre travail. i le groupe s’est montré fidèle aux différents éléments présentés ici, non seulement sa décision sera bien fondée dans la foi et dans la raison, mais ses membres seront plus enracinés dans les mystères de la vie du Christ. En faisant ensemble l’effort de chercher la vérité, d’affronter le péché, d’accueillir le pardon et de s’ouvrir à l’amour nécessaires pour arriver au consensus, ils auront, d’une manière très réelle, participé à la vie, à la mort et à la résurrection du Seigneur. Le discernement communautaire est non seulement une bonne méthode, mais une méthode chrétienne, pour prendre des décisions. S’il est vrai que la fin ne justifie pas les moyens, il faut reconnaître que les moyens déteignent sur la fin. Voilà pourquoi un groupe explicitement chrétien a besoin d’une méthode explicitement chrétienne pour prendre ses décisions.
Il n’existe pas ‘’une bonne manière’’ de mener un discernement communautaire. Du moment que ces sept points sont observés, le processus peut prendre plusieurs formes. Un groupe peut par exemple prendre plusieurs mois pour préparer et étudier une question. Puis il se réunit durant une journée. Il consacre 45 minutes de prière à formuler les raisons contre et 45 minutes à exprimer les raisons pour. Il utilise alors le reste de la journée pour dégager le consensus. Ou, si le temps dont il dispose est réduit, il peut considérer le contre au cours d’une première réunion, le pour durant la réunion suivante et dégager le consensus lors d’une troisième rencontre. Des situations moins complexes ou des groupes plus petits peuvent requérir moins de temps.
Tout problème ne doit pas faire l’objet d’un discernement communautaire. Beaucoup de questions de la vie courante sont trop banales pour cela. Le discernement communautaire est plus approprié pour les questions qui touchent à l’identité, à la vocation, à la mission d’un groupe. Les questions de moindre importance peuvent être traitées de façon administrative.
De nos jours, nous réalisons de plus en plus que seule la totalité d’une communauté croyante est capable d’entendre toute la richesse de la Parole de Dieu. Une personne seule n’a pas les oreilles assez larges pour cela. La plupart d’entre nous acceptent comme choses normales les réunions, les commissions, le travail de groupe, les responsabilités assumées en équipe. Plus nous réalisons combien la vie est riche et complexe, plus nous sommes poussés à dépasser notre sagesse et notre information individuelles. Personne ne souhaite être complètement seul pour assumer le fardeau de fermer une école, d’ouvrir un nouveau département, de supprimer des subsides, d’explorer un nouveau champ de recherches ou de désigner quelqu’un pour une tâche apostolique.
La plupart d’entre nous avons fait des expériences de groupes et de réunions assez frustrantes. C’était le lieu de toutes sortes de projections, de luttes pour le pouvoir, de pactes entre certaines personnes, de manipulations et de non-dits.Tout cela peut tellement infecter les interactions saines dans un groupe que nos capacités ordinaires ne suffisent plus à en venir à bout. Le groupe devient alors un obstacle plus qu’une aide. Mais notre époque prend conscience que la collégialité est la voie qui s’impose pour construire le Royaume. Alliée aux méthodes de groupe, elle permet d’unir tout ce qui est fragmenté tant dans nos liens entre nous que dans notre vision des choses.
En tant que chrétiens, nous croyons qu’il existe une réelle communication entre Dieu et l’humanité. Dieu touche nos esprits et nos coeurs en sorte que nous puissions connaître la vérité et la poursuivre dans l’amour. Le discernement communautaire nous offre une manière de participer à ce mystère.
A la fin de la ‘’Délibération des Premiers Pères’’, l’auteur fait les remarques suivantes. Elles pourraient bien être notre but et notre prière durant le discernement communautaire.
En la fête de Saint Jean-Baptiste, tout fut définitivement conclu dans la joie et l’accord total des âmes. Les veilles n’avaient pas manqué, bien des prières et des fatigues spirituelles et corporelles avaient précédé cette délibération définitive.